communiqués

Par ce communiqué, les membres de l’association « Notre parole aussi libérée » souhaitent apporter leur témoignage en réponse à la conférence de presse donnée par Mgr Jacques Blaquart, le 18 avril 2016.

 

  • Sur les agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans commises par un prêtre du diocèse d’Orléans.

Plusieurs garçons de 11 à 13 ans dont nous faisons partie ont subi des attouchements de la part d’un prêtre du diocèse d’Orléans.

Ces événements ont eu lieu lors d’un camp de vacances organisé par le Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ) en juillet 1993 à Arthez-d’Asson (65). Le prêtre était le directeur administratif et aumônier de ce séjour.

Il a dans un premier temps isolé ses victimes sous un prétexte de « visite médicale » pour réaliser des attouchements. Il a ensuite eu un certain nombre de comportements inappropriés qui ont commencé à alerter l’équipe d’animation.

Ce prêtre a été surpris par une animatrice alors qu’il était en présence d’un adolescent. Cette animatrice a immédiatement informé l’équipe d’animation de camp qui a fait procéder à un signalement à la direction nationale du MEJ.

Nous jeunes, ayant subi ces attouchements, avions alors témoigné auprès des animateurs de ce que nous avions vécu, ainsi qu’auprès d’un responsable national du MEJ qui avait été dépêché sur place en urgence.

Pour la plupart d’entre nous, jeunes garçons profondément fragilisés par ces événements, les suites de ce camp ont été difficiles à vivre.

 

  • Sur la réaction du Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ).

 

 

En effet, alors qu’une réaction immédiate de dénonciation et de protection s’imposait, le MEJ s’est simplement contenté de déplacer le prêtre dans un autre camp de jeunes. Le MEJ a par ailleurs averti le diocèse d’Orléans, en la personne de Mgr René-Lucien Picandet.

En revanche, le MEJ n’a ni informé le service départemental de la jeunesse et des sports, ni surtout la justice.

Le MEJ ne nous a pas accompagné pour faire face au traumatisme subi et n’a même pas prévenu nos parents.

A la fin du camp d’été, en juillet 1993, le bureau national du MEJ a vaguement évoqué la nécessité d’une prise en charge psychologique, et d’éventuelles poursuites à l’encontre du prêtre responsable de ces actes graves.

Il nous parait cependant, avec le recul, que la diffusion de ces informations imprécises visait à éteindre l’inquiétude générée parmi les jeunes et animateurs du camp d’Arthez-d’Asson, à rassurer les familles et les dissuader d’une action en justice. Bien plus tard, en 2010, d’anciens responsables du MEJ nous ont ainsi confirmé qu’elles n’avaient jamais été suivies d’effet.

 

Pour nous, anciens animateurs ou jeunes du camp, comprendre que le mouvement dans lequel nous avions placé une grande confiance avait ainsi manœuvré pour nous faire faussement espérer une réaction judiciaire et ecclésiale a été vécu comme une trahison.

 

  • Sur la réaction du diocèse d’Orléans

 

Vers 2008, M. Olivier S. ainsi que M. Philippe C. ont mené séparément et sans concertation des recherches sur internet pour savoir ce qu’était devenu le prêtre dont ils avaient été les victimes. A leur grande stupéfaction, ils ont respectivement découvert des photos le représentant au milieu de jeunes louveteaux, ainsi que des plannings et documents qui attestaient qu’il était toujours en activité auprès d’adolescents. M. Philippe C. a alors écrit une lettre au prêtre en question, et une copie de ce courrier a été adressé au diocèse. Cette lettre est restée sans réponse.

Durant l’été 2010, deux anciennes animatrices du camp et M. Olivier S. ont écrit à Mgr André Fort, alors évêque d’Orléans, afin de solliciter un entretien avec lui, portant sur les activités de ce prêtre. Alors que la présence de ces photos sur internet avait été évoquée dans le courrier adressé à Mgr Fort, celles-ci ont alors curieusement été supprimées quelques semaines après l’envoi de ce courrier.

Lorsque nous l’avons rencontré, Mgr André Fort nous a confirmé :

  • qu’il était au courant de ces agissements,
  • que ses prédécesseurs (Mgr René-Lucien Picandet de 1993 à 1998 puis Mgr Gérard Daucourt de 1998 à 2002) avaient déjà reçu plusieurs familles dont les jeunes garçons étaient en souffrance (entre 1993 et 2000).

Mgr André Fort avait donné l’assurance que Mgr René-Lucien Picandet, alors évêque d’Orléans au moment des faits, avait pris les mesures nécessaires afin de ne plus exposer le prêtre dont nous avions été victimes à des jeunes.

Il s’engageait pour sa part à prendre les initiatives qui s’imposaient.

Pourtant, contrairement à ce que laissait espérer le récit de sa hiérarchie, il semble que le prêtre en question n’ait pas été soustrait au contact des plus jeunes, et qu’il se soit livré à de nouveaux attouchements sur au moins un autre mineur dans un camp régional du MEJ, dans le Loiret, en 1995, soit deux ans après le camp d’Arthez-d’Asson. Par ailleurs, plusieurs documents recueillis sur internet confirmaient qu’il était resté proche du mouvement des Scouts d’Europe, qu’il a continué d’accompagner en tant qu’aumônier jusqu’en 2011

Pire, nous avons découvert sur le site internet du diocèse d’Orléans que ce prêtre était invité comme intervenant spécialisé lors d’une conférence diocésaine du 20 mai 2011 sur le douloureux sujet de « la pédophilie dans l’Eglise ». Nous avons été scandalisés par cette nouvelle, perçue comme un affront de la part de ce prêtre, qui n’avait jamais été inquiété en dépit de ses agissements.

Manifestement, la démarche de signalement et de dénonciation des faits effectuée auprès de Mgr André Fort n’avait servi à rien, puisque le prêtre pouvait librement s’exprimer dans son diocèse sur un tel sujet.

En décembre 2011, Mgr Jacques Blaquart, nouvel évêque en poste depuis fin 2010, ayant reçu un courrier de protestation de la part d’Olivier S. l’a reçu immédiatement en entretien. Mgr Jacques Blaquart a signifié à Olivier S. qu’il avait renvoyé son courrier au Procureur de la République d’Orléans. Il n’a pas pour autant relevé immédiatement le prêtre de ses fonctions. Il a simplement affirmé qu’il veillerait à ce que celui-ci ne soit plus en contact avec des jeunes.

  • Sur les suites judiciaires en cours.

Olivier S. a été entendu en janvier 2012 par la justice.

Depuis 2012, une instruction est en cours et le prêtre a été mis en examen. Elle n’a pourtant mis en lumière que peu de choses nouvelles par rapport aux recherches que nous victimes du camp d’Arthez-d’Asson avons menées pour retrouver d’anciennes victimes d’Arthez-d’Asson et de potentielles victimes du mouvement Scouts d’Europe.

Nous nous interrogeons sur aux moyens données au service d’enquète, ainsi que sur la motivation des enquêteurs pour rechercher et identifier les victimes de ce prêtre ou des éléments concernant les agissements de ce prêtre et de sa hiérarchie.

Nous nous posons encore des questions sur l’attitude du ministère public qui n’a tout d’abord pas poursuivi des faits évidents de non-dénonciation d’atteintes sexuelles sur mineurs de quinze ans susceptibles d’être reprochés à Mgr André Fort alors qu’ils s’évinçaient de sa propre enquête préliminaire, et qui a ensuite requis une prescription juridiquement fort contestable de ces faits.

Nous ne comprenons pas non plus pourquoi Mgr André Fort bénéficie à ce jour du statut de témoin assisté alors que son silence et son inaction consciente, à l’instar de ses prédécesseurs, nous laissaient espérer une mise en examen qu’en tant que victimes nous ne pouvons solliciter.

Nous nous sentons esseulés car cette affaire nous semble apparaitre comme secondaire aux yeux de la justice.

Nous souhaitons aussi que l’Eglise du diocèse d’Orléans ne minimise pas comme elle le fait sa responsabilité dans la prise en considération de ces actes graves. Elle a laissé pendant 18 années ce prêtre au contact de jeunes alors qu’elle connaissait ses agissements. Trois évêques successifs se sont pourtant succédés jusqu’à ce que Mgr Jacques Blaquart intervienne dès lors qu’il a eu connaissance des faits.

Nous avons été surpris de lire dans un article de presse daté du 22 mars 2016, laissant entendre que l’affaire qui nous concernait, puisqu’il n’y en avait pas d’autres, était prescrite. Malgré cela, nous saluons aujourd’hui l’initiative de Mgr Jacques Blaquart pour la mise en place de sa cellule d’écoute, mais nous ne pouvons être que vigilants compte tenu de l’écart observé par le passé entre les volontés annoncées et la réalité des actions.

Les déclarations tonitruantes et volontaristes de ces derniers jours ne doivent pas occulter un silence et une complaisance dont bien des jeunes ont subi les conséquences.

Aussi, nous avons été surpris d’apprendre par voie de presse que le procès se tiendra l’année prochaine. Il semble que Mgr Jacques Blaquart soit mieux informé que nous.

Les membres de l’association « notre parole aussi libérée »